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	<title>Elie Cohen</title>
	<link>http://elie-cohen.eu/</link>
	<description>Directeur de recherche &#233;m&#233;rite au CNRS, &#201;lie Cohen est un &#233;conomiste dont les champs de recherche vont de l'&#233;conomie industrielle aux politiques publiques, de l'&#233;conomie internationale &#224; l'&#233;conomie politique de l'innovation.</description>
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		<title>Fonds souverains : restons calmes !</title>
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		<dc:subject>Mondialisation</dc:subject>
		<dc:subject>Pays &#233;mergents</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Dans le bestiaire imaginaire des Fran&#231;ais les fonds souverains sont en passe de rejoindre les fonds de pension. Dot&#233;s de ressources illimit&#233;es, ils seraient soit les acteurs d'une nationalisation rampante des joyaux industriels et financiers du monde d&#233;velopp&#233;, soit des flibustiers fondant sur des proies industrielles pour des b&#233;n&#233;fices financiers &#224; court terme. Sont-ils une menace dont il conviendrait de se prot&#233;ger ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces fonds ont &#233;t&#233; invent&#233;s dans les ann&#233;es 1970 par des Etats qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans le bestiaire imaginaire des Fran&#231;ais les fonds souverains sont en passe de rejoindre les fonds de pension. Dot&#233;s de ressources illimit&#233;es, ils seraient soit les acteurs d'une nationalisation rampante des joyaux industriels et financiers du monde d&#233;velopp&#233;, soit des flibustiers fondant sur des proies industrielles pour des b&#233;n&#233;fices financiers &#224; court terme. Sont-ils une menace dont il conviendrait de se prot&#233;ger ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces fonds ont &#233;t&#233; invent&#233;s dans les ann&#233;es 1970 par des Etats qui avaient le souci du long terme et qui entendaient pr&#233;parer l'avenir en investissant en actifs tangibles une partie de la richesse accumul&#233;e au profit des g&#233;n&#233;rations futures. Les premiers &#224; avoir montr&#233; la voie sont les Norv&#233;giens qui n'ont pas voulu gaspiller la rente p&#233;troli&#232;re de la mer du Nord. Le probl&#232;me changerait il de nature avec l'extension du mod&#232;le aux Chinois, aux Russes et aux Arabes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse n'est pas simple. D'une part, des investisseurs issus du monde arabe russe ou chinois sont d&#233;j&#224; tr&#232;s pr&#233;sents dans les fonds de private equity. Ils interviennent de plus directement dans des acquisitions d'entreprises fran&#231;aises et europ&#233;ennes et nul ne s'en est &#233;mu jusqu'ici. D'autre part, les fonds souverains ont indiqu&#233; &#224; de nombreuses reprises que leur strat&#233;gie ne visait en aucun cas des prises de participation significatives et a fortiori la prise de contr&#244;le d'entreprises europ&#233;ennes ou am&#233;ricaines cot&#233;es ou non cot&#233;es. Preuve de leur bonne foi, ils entendent ne pas r&#233;clamer de si&#232;ges aux conseils d'administration, ni peser donc sur la strat&#233;gie et la d&#233;signation des dirigeants des firmes dans lesquelles ils investissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est ce qui justifie alors l'&#233;moi collectif ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces fonds appartiennent &#224; des Etats et non &#224; des acteurs de march&#233;, ils ob&#233;iraient &#224; des logiques non marchandes, ils seraient des vecteurs de puissance politique, ils repr&#233;senteraient un danger potentiel pour la prosp&#233;rit&#233; et la souverainet&#233; des pays d&#233;velopp&#233;s. Bref, alors que les pays d&#233;velopp&#233;s n'ont cess&#233; de promouvoir la lib&#233;ralisation, la privatisation et la d&#233;r&#233;glementation, ils assisteraient impuissants &#224; une forme de &#171; nationalisation rampante &#187; au profit d'Etats qui n'adh&#232;rent gu&#232;re aux logiques de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois cas sont habituellement &#233;voqu&#233;s &#224; l'appui de ces th&#232;ses : le secteur financier victime de la crise des subprime, le secteur &#233;nerg&#233;tique victime d'un n&#233;o-souverainisme russe ou chinois, les secteurs de la d&#233;fense et des infrastructures, objet de multiples convoitises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons d'abord le secteur financier. Les CitiGroup, Merrill Lynch, Morgan Stanley et autres UBS ont abus&#233; des v&#233;hicules d'investissement hors bilan de l'arbitrage r&#233;glementaire et doivent aujourd'hui, en catastrophe, passer des provisions pour d&#233;pr&#233;ciation d'actifs non liquides, r&#233;int&#233;grer dans leurs bilans des risques qu'ils avaient sorti et reconstituer leurs fonds propres pour respecter les ratios de solvabilit&#233; ; ils se tournent vers les fonds souverains arabes, chinois et singapouriens pour trouver des capitaux. Cette qu&#234;te panique de fonds propres de la part des princes de Wall Street soul&#232;ve deux questions majeures. Comment expliquer la mont&#233;e en fl&#232;che des besoins de fonds propres des banques engag&#233;es dans les &#171; subprimes &#187; qui ont justifi&#233; l'appel aux fonds souverains ? Pourquoi les leaders mondiaux de la finance la plus sophistiqu&#233;e ne trouvent de financements qu'aupr&#232;s des fonds souverains ? La r&#233;ponse est d'abord &#224; chercher dans les r&#233;gulations prudentielles. L'adoption des IFRS et des normes de solvabilit&#233; de Bale ont eu un effet pro-cyclique qui n'avait pas &#233;t&#233; correctement anticip&#233;. En effet, la comptabilit&#233; en valeur de march&#233; (mark to market) valorise les actifs en haut de cycle et les d&#233;prime en cas de crise, accroissant ainsi les besoins de fonds propres au moment o&#249; il est le plus difficile d'en trouver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au recours aux fonds souverains, la r&#233;ponse est double. C&#244;t&#233; arabe et chinois ces fonds peuvent signer imm&#233;diatement de gros ch&#232;ques sans &#234;tre soumis &#224; de longues proc&#233;dures d'instruction de dossiers d'investissement et sans qu'il faille r&#233;unir nombre de comit&#233;s, d'experts et d'audits. C&#244;t&#233; am&#233;ricain la panique est telle que nul ne veut miser sur des banques dont on per&#231;oit mal l'exposition aux risques subprime, LBO ou cartes de cr&#233;dit. Si bien qu'il n'est pas exag&#233;r&#233; de dire que les fonds souverains sont des pr&#234;teurs de dernier ressort. On peut trouver paradoxal que le salut des plus grands groupes capitalistes mondiaux vienne de dirigeants communistes chinois ou de cheikhs arabes mais c'est bien ce qui se passe aujourd'hui et cette contribution &#224; la stabilisation du syst&#232;me financier mondial est incontestablement d&#233;sirable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant du n&#233;o-souverainisme p&#233;tro-gazier russe v&#233;n&#233;zuelien ou chinois, on ne peut en faire un produit de l'action des fonds souverains. Mais quand le gouvernement russe, en parfaite osmose avec Gazprom et en invoquant des motifs vari&#233;s (environnementaux ou fiscaux), remet en cause les contrats pass&#233;s nagu&#232;re avec des groupes p&#233;troliers occidentaux et reprend le contr&#244;le de ses actifs &#233;nerg&#233;tiques, on peut parler du retour des Etats. Lorsque ce m&#234;me Gazprom ach&#232;te des actifs occidentaux dans la distribution de gaz alors que la r&#233;ciproque n'est pas possible, on a bien une relation dissym&#233;trique qui s'&#233;tablit et qui trouve sa source dans des r&#233;gimes &#233;conomiques diff&#233;rents. Lorsque PetroChina ou Gazprom viennent investir en Afrique, proposent de nouveaux partages de la rente et soutiennent des r&#233;gimes mis au ban des nations, l'inqui&#233;tude occidentale redouble car en filigrane se profile une bataille in&#233;gale pour l'acc&#232;s &#224; l'&#233;nergie. Les nations europ&#233;ennes en qu&#234;te de s&#233;curit&#233; &#233;nerg&#233;tique ne sont pas sans moyens, pas plus que les grandes firmes &#233;nerg&#233;tiques occidentales, mais il est clair qu'un nouvel &#233;quilibre &#233;nerg&#233;tique &#233;merge et que les pays d&#233;velopp&#233;s ne s'y sont pas encore adapt&#233;s. Quoique n'&#233;tant pas des fonds souverains, les Gazprom et autres entreprises du m&#234;me type agissent comme si les contraintes de rentabilit&#233; et de diversification des risques ne s'appliquaient pas, comme si leurs r&#233;serves financi&#232;res &#233;taient infinies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le dernier cas, enfin, les pays d&#233;velopp&#233;s craignent que des technologies sensibles (a&#233;ronautique-D&#233;fense) ou des infrastructures critiques tombent entre les mains d'investisseurs non d&#233;sir&#233;s, contr&#244;l&#233;s par des Etats aux int&#233;r&#234;ts diff&#233;rents des n&#244;tres. Deux dossiers ont d&#233;fray&#233; la chronique, qui l&#224; encore ne concernent pas &#224; proprement parler des fonds souverains. VTB, une banque publique russe, a investi dans EADS &#224; hauteur de 5% et a voulu forcer les portes du Conseil d'administration du groupe europ&#233;en d'a&#233;ronautique et de d&#233;fense. &#192; peu pr&#232;s en m&#234;me temps, la Dubai Port Authority a tent&#233; d'acqu&#233;rir des ports am&#233;ricains. Dans les deux cas, pour des raisons de d&#233;fense nationale ou de s&#233;curit&#233; int&#233;rieure, on n'a pas fait suite aux demandes des investisseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que conclure ? D'abord qu'aucun d&#233;cret de la Providence ne peut obliger les &#233;mergents et les pays p&#233;troliers &#224; mal g&#233;rer leurs ressources. Apr&#232;s avoir gaspill&#233; et subi des pertes de change sur leurs placements, ils ont appris aujourd'hui &#224; mieux g&#233;rer leurs ressources et m&#234;me &#224; profiter d'un rapport de forces qui leur est devenu favorable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, deux principes doivent gouverner les r&#233;ponses qu'on apporte &#224; l'action de ces fonds : universalit&#233; de la r&#232;gle et sp&#233;cialisation des instruments. Comme investisseurs, les fonds souverains doivent respecter les r&#232;gles communes d'information de transparence de publicit&#233; des comptes. Comme candidats potentiels &#224; l'acquisition d'actifs critiques dans les domaines de la s&#233;curit&#233;, ces investisseurs doivent respecter les politiques nationales protectrices. Europ&#233;ens et Am&#233;ricains disposent d'un solide arsenal juridique pour prot&#233;ger leurs actifs sensibles au nom de la s&#233;curit&#233; ext&#233;rieure comme de la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure. Ils peuvent de plus faire jouer la clause de r&#233;ciprocit&#233; pour l'investissement dans le secteur &#233;nerg&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin il faut &#233;viter que les rem&#232;des puissent &#234;tre pire que le mal : imposer &#224; la Caisse des d&#233;p&#244;ts de jouer avec l'argent des &#233;pargnants ou des futurs retrait&#233;s pour offrir un bouclier au capital national n'est ni raisonnable ni appropri&#233;. On peut en revanche redonner &#224; l'&#233;pargnant le go&#251;t de l'investissement en actions. De m&#234;me, les r&#233;gulations prudentielles cens&#233;es garantir la s&#233;curit&#233; de l'investissement ne doivent pas se transformer en machine &#224; aggraver la crise bancaire en situation de crise financi&#232;re. Il faudra donc rouvrir le chantier de B&#226;le 2.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Chat : Arcelor-Mittal, les enjeux d'une fusion</title>
		<link>https://www.elie-cohen.eu/Chat-Arcelor-Mittal-les-enjeux-d-une-fusion.html</link>
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		<dc:date>2006-06-27T11:23:00Z</dc:date>
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		<dc:subject>Commerce mondial</dc:subject>
		<dc:subject>Globalisation firmes</dc:subject>
		<dc:subject>Pays &#233;mergents</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Chat/d&#233;bat en direct avec les lecteurs de &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr&#034; target=&#034;blank&#034;&gt;lemonde.fr&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#224; l'occasion de la fusion Arcelor-Mittal.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chat/d&#233;bat en direct avec les lecteurs de &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr&#034; target=&#034;blank&#034;&gt;lemonde.fr&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#224; l'occasion de la fusion Arcelor-Mittal.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&gt;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/web/chat/0,46-0@2-3234,55-788962,0.html&#034; target=&#034;blank&#034;&gt;retrouvez ce d&#233;bat sur le site lemonde.fr.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Barzel : Est-ce s&#233;rieux de dire que cette fusion ne supprimera aucun emploi ? Et si oui, quel est l'int&#233;r&#234;t financier de cette fusion ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elie Cohen&lt;/strong&gt; : On peut estimer qu'il n'y a pas de probl&#232;me d'emploi majeur dans la fusion Arcelor-Mittal en Europe, pour la raison simple suivante : les actifs des deux entreprises en Europe sont compl&#233;mentaires, Arcelor &#233;tant tr&#232;s pr&#233;sent dans les aciers de sp&#233;cialit&#233;, Mittal &#233;tant plut&#244;t pr&#233;sent, mais faiblement, dans les aciers de commodit&#233;. Il n'y a donc pas de probl&#232;me de redondance, donc il y a une faible probabilit&#233; de rationalisation en Europe. &lt;br /&gt;
Pourquoi cette fusion ? La fusion en fait s'explique par des compl&#233;mentarit&#233;s g&#233;ographiques et sectorielles au niveau mondial, l'enjeu pour Mittal est de moderniser ses usines gr&#226;ce au savoir-faire d'Arcelor, l'enjeu pour Mittal est de b&#233;n&#233;ficier des technologies d'Arcelor pour rehausser le niveau de ses productions dans ses usines am&#233;ricaines et asiatiques. En fait, Mittal ach&#232;te les comp&#233;tences, le management, les savoir-faire et les technologies d'Arcelor. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SvenKalmfors : Peut-on vraiment parler de fusion ? N'est-ce pas plut&#244;t une acquisition ?&lt;/strong&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elie Cohen&lt;/strong&gt; : D'un point de vue capitalistique, il est clair que M. Mittal ach&#232;te Arcelor. Du point de vue du mod&#232;le &#233;conomique, les choses sont diff&#233;rentes. En fait, M. Mittal valorise le mod&#232;le &#233;conomique d'Arcelor bas&#233; sur des aciers de haute qualit&#233; et il valorise &#233;galement les comp&#233;tences du management d'Arcelor, si bien que dans le nouvel ensemble, c'est le mod&#232;le &#233;conomique d'Arcelor et le management d'Arcelor qui domineront. Il n'en reste pas moins que capitalistiquement, c'est Mittal qui ach&#232;te Arcelor. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vatel : Arcelor a-t-il vraiment mis en concurrence Mittal et Severstal, ou ce dernier n'a-t-il &#233;t&#233; qu'un instrument commode pour mettre la pression sur Mittal ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elie Cohen&lt;/strong&gt; : Arcelor a vraiment jou&#233; la carte russe, car celle-ci pr&#233;sentait plusieurs avantages. Arcelor avait d&#233;j&#224; un partenariat industriel ancien avec Severstal. Une usine commune avait m&#234;me &#233;t&#233; b&#226;tie en Russie. M. Mordachov et M. Doll&#233; avaient d&#233;j&#224; travaill&#233; ensemble, et on peut consid&#233;rer que Severstal a &#233;t&#233; le chevalier blanc d'Arcelor.&lt;br class='autobr' /&gt;
Simplement, la technique financi&#232;re envisag&#233;e pour r&#233;aliser la fusion entre Arcelor et Severstal avait un effet pervers d&#233;cisif. Elle permettait m&#233;caniquement &#224; M. Mordachov d'avoir 38 % du capital du nouvel ensemble, de devenir ainsi de fait l'actionnaire de r&#233;f&#233;rence, sans avoir &#224; en payer le prix sous forme d'une OPA &#224; 100 %. C'est ce dispositif qui a provoqu&#233; la r&#233;volte de certains actionnaires d'Arcelor. C'est ce dispositif qui a affaibli le front uni du management et du conseil d'administration d'Arcelor. Et c'est cette faille qui a &#233;t&#233; exploit&#233;e avec application par Mittal pour rendre la fusion Severstal-Arcelor de plus en plus impopulaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;trospectivement, on peut donc consid&#233;rer que Severstal a servi de li&#232;vre pour faire monter les ench&#232;res et conduire &#224; la troisi&#232;me offre financi&#232;re de Mittal. Mais la v&#233;rit&#233; commande de dire que M. Doll&#233; a vraiment cru que M. Mordachov allait le sauver des griffes de M. Mittal. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SEB : Une OPA du russe Severstal sur Arcelor est-elle encore possible et r&#233;aliste ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elie Cohen&lt;/strong&gt; : Techniquement, Severstal peut toujours surench&#233;rir sur l'offre de Mittal. Pratiquement, ce n'est gu&#232;re envisageable, car M. Mordachov n'a pas les moyens d'une telle surench&#232;re. D'autant que pour ce faire, il faudrait :1) qu'il fasse au moins aussi bien en termes de valorisation globale, c'est-&#224;-dire 40 euros par action ; &lt;br /&gt;
2) que la part en cash soit au moins &#233;gale &#224; celle propos&#233;e par Mittal ; &lt;br /&gt;
3) que l'actif Severstal soit certifi&#233; par des experts ind&#233;pendants pour que les actionnaires d'Arcelor puissent accepter d'&#234;tre pay&#233;s partiellement en titres Severstal. &lt;br /&gt;
Ces trois &#233;l&#233;ments additionn&#233;s font que cette hypoth&#232;se d'une OPA de Severstal sur Arcelor est hautement improbable. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S Lecomte : Le conseil d'administration d'Arcelor peut-il, selon vous, se maintenir en place malgr&#233; sa perte de cr&#233;dibilit&#233; (avec toutes les cons&#233;quences n&#233;gatives que l'on peut entrevoir sur la gouvernance future d'Arcelor-Mittal s'il se maintenait) ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elie Cohen&lt;/strong&gt; : Le probl&#232;me ne se pose pas ainsi, car dans le protocole d'accord qui a &#233;t&#233; sign&#233; par M. Mittal, les conditions de la gouvernance future sont d&#233;j&#224; pr&#233;vues, et il a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; du nombre d'administrateurs Mittal, du nombre d'administrateurs Arcelor, du nombre de repr&#233;sentants des salari&#233;s, et du nombre d'administrateurs ind&#233;pendants. Il y aura donc, en pratique, d&#233;part de la majorit&#233; des administrateurs actuels d'Arcelor et formation d'un nouveau conseil d'administration, dans lequel une parit&#233; Arcelor-Mittal sera respect&#233;e pour cinq ans. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mortimer : La fusion de Mittal et d'Arcelor peut-elle amener &#224; une situation d'abus de position dominante ? Dans quelle mesure cette fusion peut-elle cr&#233;er un monopole sur le march&#233; de la sid&#233;rurgie ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elie Cohen&lt;/strong&gt; : La fusion Arcelor-Mittal est, comme je l'ai indiqu&#233; au d&#233;but de mon propos, une fusion qui se fait sur la base d'une double compl&#233;mentarit&#233; g&#233;ographique et de mod&#232;le &#233;conomique. G&#233;ographique dans le sens o&#249; les points forts de l'un sont les points faibles de l'autre. D'autre part, Arcelor est un aci&#233;riste de sp&#233;cialiste, et Mittal un aci&#233;riste de commodit&#233;.&lt;br /&gt;
Un seul probl&#232;me de concentration se pose v&#233;ritablement, c'est sur le march&#233; nord-am&#233;ricain. Et c'est tout l'enjeu de l'activit&#233; Dofasco, cet actif canadien acquis par Arcelor et qui est &#224; l'origine de l'OPA de Mittal. Le nouvel ensemble Arcelor-Mittal devra c&#233;der des actifs aux Etats-Unis. Va-t-on c&#233;der plut&#244;t des actifs Arcelor ou plut&#244;t des actifs Mittal ? la question n'a pas &#233;t&#233; tranch&#233;e dans le protocole d'accord. M. Mittal a m&#234;me d&#233;clar&#233; : nous nous sommes mis d'accord pour estimer que nous &#233;tions en d&#233;saccord. C'est au prochain conseil d'administration qu'il reviendra de d&#233;cider. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gregory : Le groupe Arcelor a plac&#233; l'innovation au c&#339;ur de sa strat&#233;gie et a consacr&#233; &#224; la R&amp;D [recherche et d&#233;veloppement] un effort important, jusqu'&#224; ce jour. Cela ne semble pas avoir &#233;t&#233; le cas du groupe Mittal. A votre avis, dans quel sens &#233;voluera le groupe Arcelor-Mittal dans ce domaine ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elie Cohen&lt;/strong&gt; : C'est justement tout l'enjeu de cette fusion, qui est de savoir quel est le mod&#232;le &#233;conomique qui va s'imposer. Je rappelle que le mod&#232;le &#233;conomique d'Arcelor &#233;tait bas&#233; sur trois composantes : &lt;br /&gt;
1) privil&#233;gier les aciers de sp&#233;cialit&#233;, i.e. &#224; fort contenu technologique ; &lt;br /&gt;
2) privil&#233;gier les partenariats &#224; long terme avec les clients utilisateurs plut&#244;t que de s'aligner sur les prix volatils du march&#233; international ; &lt;br /&gt;
3) refuser l'int&#233;gration verticale de la mine de fer &#224; la t&#244;le d'acier. &lt;br /&gt;
Mittal a privil&#233;gi&#233; une strat&#233;gie rigoureusement inverse. Quel mod&#232;le va s'imposer dans le cadre de la nouvelle entit&#233; ? M. Mittal a d&#233;clar&#233; publiquement qu'il se ralliait au mod&#232;le &#233;conomique d'Arcelor, mais qu'il entendait le d&#233;ployer au niveau mondial, qu'il ne s'interdisait pas de faire des optimisations ici ou l&#224;, et qu'il comptait s&#233;curiser les approvisionnements en minerais du nouvel ensemble.&lt;br /&gt;
R&#233;sultat : on peut estimer que c'est le mod&#232;le Arcelor qui s'impose, mais avec une expansion mondiale et avec un certain degr&#233; d'int&#233;gration verticale. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ronan_Le_Guellec : Pass&#233; cinq ann&#233;es, est-il envisageable que le conseil d'administration ne soit plus compos&#233; que d'administrateurs Mittal ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elie Cohen&lt;/strong&gt; : Apr&#232;s les cinq ann&#233;es, Mittal est d&#233;li&#233; de ses engagements actuels. Il peut prendre la majorit&#233;, et donc composer un conseil &#224; sa convenance. Il peut aussi consid&#233;rer que pour animer un groupe mondial, il faut une certaine diversit&#233; des repr&#233;sentations nationales et culturelles au sein du conseil d'administration, et maintenir donc une certaine diversit&#233;. L&#233;galement, toutefois, apr&#232;s cinq ans, il reprend sa libert&#233;. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vatel : Les deux groupes fusionn&#233;s ne peuvent-ils envisager une OPA sur un Severstal maintenant isol&#233; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elie Cohen&lt;/strong&gt; : Les deux groupes fusionn&#233;s vont peser 110 millions de tonnes d'acier produites au niveau mondial, i.e. trois fois plus que le premier concurrent qui les suit. Il n'est donc pas raisonnable d'envisager que le nouvel ensemble fasse rapidement de nouvelles acquisitions, sauf si des opportunit&#233;s se pr&#233;sentaient ici ou l&#224;. Je pense en particulier &#224; la Chine, &#224; la Turquie. Mais je ne vois pas d'acquisition majeure faite en Russie dans le contexte pr&#233;sent, et ce surtout apr&#232;s la gifle re&#231;ue par M. Mordachov et les oligarques russes avec la r&#233;alisation de la fusion Arcelor-Mittal. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je pense plut&#244;t que la consolidation va reprendre entre les autres concurrents d'Arcelor-Mittal. Je pense aux diff&#233;rents groupes russes, au groupe anglo-n&#233;erlandais Corus. L'hypoth&#232;se d'une fusion suppl&#233;mentaire lanc&#233;e par Arcelor-Mittal n'est donc pas probable. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Julien : Quelles seraient les cons&#233;quences de cette fusion sur l'ensemble des investissements en Chine ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elie Cohen&lt;/strong&gt; : L'eldorado pour la sid&#233;rurgie mondiale, c'est bien s&#251;r la Chine, et ce pour trois raisons :&lt;br /&gt;
1) la production d'acier chinoise monte tr&#232;s rapidement et les besoins sont consid&#233;rables ; &lt;br /&gt;
2) l'industrie chinoise reste tr&#232;s fragment&#233;e. Il y a donc des opportunit&#233;s de consolidation ; &lt;br /&gt;
3) la sid&#233;rurgie chinoise a besoin de technologie pour monter en gamme. &lt;br /&gt;
Je pense donc qu'Arcelor-Mittal fera une acquisition en Chine et participera &#224; la consolidation chinoise. Ce qui aurait pour effet capitalistique de diminuer la part du capital d'Arcelor-Mittal contr&#244;l&#233;e par M. Mittal et sa famille. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ZOLA17 : Cette fusion peut-elle entra&#238;ner une concentration dans le secteur de l'acier ?&lt;/strong&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elie Cohen&lt;/strong&gt; : La fusion Arcelor-Mittal est le point de d&#233;part d'une consolidation de l'industrie sid&#233;rurgique mondiale. Et c'est d'ailleurs le m&#233;rite de Lakshmi Mittal que d'avoir eu cette vision le premier et d'avoir lanc&#233; son attaque fulgurante sur Arcelor. Une fois r&#233;alis&#233;e la fusion Mittal-Arcelor, tous les grands acteurs sid&#233;rurgiques mondiaux, les Thyssen-Krupp, les Posco, les Nippon Steel, les Corus, les Bao Steel deviennent des nains par rapport &#224; Arcelor-Mittal.&lt;br /&gt;
Il y aura donc n&#233;cessairement plusieurs vagues de concentrations &#224; l'initiative des Russes, des Chinois, et, donc, M. Mittal aura bien lanc&#233; un processus qui &#224; terme aboutira &#224; la formation de quelques tr&#232;s grands groupes mondiaux. &lt;br /&gt;
Pour nous Europ&#233;ens, c'est une am&#232;re le&#231;on. Le refus de Thyssen-Krupp de participer &#224; la formation d'Arcelor a &#233;t&#233; une formidable occasion manqu&#233;e. Aujourd'hui, l'Europe est le terrain d'affrontements d'entrepreneurs capitalistes des pays &#233;mergents. Et les gouvernements europ&#233;ens sont spectateurs d'une consolidation voulue par les Mittal, les Mordachov, en attendant l'&#233;mergence d'entrepreneurs chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Snoop : La d&#233;sormais probable fusion Arcelor Mittal, consid&#233;r&#233;e il y a peu comme absurde, n'est-elle pas le signe que les entrepises ont d&#233;finitivement sombr&#233; entre les mains des financiers ?&lt;/strong&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elie Cohen&lt;/strong&gt; : La fusion Arcelor-Mittal avait &#233;t&#233; s&#233;v&#232;rement critiqu&#233;e par nombre de sp&#233;cialistes, dont moi-m&#234;me, au motif qu'il y avait h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de mod&#232;les &#233;conomiques, insuffisante valorisation des actifs d'Arcelor et probl&#232;me de gouvernance au sein de Mittal.&lt;br /&gt;
L'accord auquel on aboutit aujourd'hui ne r&#232;gle pas vraiment la question de la diversit&#233; des mod&#232;les &#233;conomiques, sauf &#224; admettre l'id&#233;e que M. Mittal s'est ralli&#233; au mod&#232;le Arcelor. L'offre financi&#232;re de M. Mittal valorise aujourd'hui correctement les actifs d'Arcelor, et les probl&#232;mes de gouvernance ont &#233;t&#233; r&#233;gl&#233;s par un protocole qui &#233;tablit une parit&#233; entre Arcelor et Mittal. Au total, le compromis actuel est bien plus favorable &#224; Arcelor que ne l'&#233;tait la premi&#232;re OPA hostile. &lt;br /&gt;
Maintenant, s'il est clair que M. Mittal a gagn&#233;, ce n'est pas pour autant le triomphe de la finance. M. Mittal est un entrepreneur, M. Mittal est un sid&#233;rurgiste, et M. Mittal est un capitaliste global. C'est donc une vision de l'avenir sid&#233;rurgique qu'il a anim&#233;e, ses projets sont des projets industriels, et comme en m&#234;me temps c'est un capitaliste familial, il compte bien s'enrichir. C'est une op&#233;ration industrielle. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeff : Devrait-on voir se stabiliser les prix de l'acier avec ces diff&#233;rentes concentrations, ou est-ce essentiellement li&#233; &#224; la forte demande via la Chine et l'Inde ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Elie Cohen&lt;/strong&gt; : Les prix de l'acier ont fortement augment&#233; pendant les trois derni&#232;res ann&#233;es, &#224; cause essentiellement des besoins de la Chine et des retards au d&#233;marrage de nouvelles unit&#233;s de production. Cette hausse des prix s'est transmise en amont et en aval, le minerai de fer a ainsi fortement augment&#233;, et les t&#244;les d'acier pour l'industrie automobile ont aussi beaucoup augment&#233;.&lt;br /&gt;
Dans l'avenir, le prix de l'acier sera fonction de la rapidit&#233; avec laquelle les nouvelles unit&#233;s de production chinoises seront mises en route. Il sera &#233;galement fonction du rythme des croissances chinoise et indienne. Pour le moment, on assiste &#224; un tassement des prix, alors que la croissance chinoise est vigoureuse, et le reste. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Antoine : Comment pouvez-vous expliquer la lev&#233;e de boucliers europ&#233;enne, et particuli&#232;rement fran&#231;aise (alors que l'Etat n'est pas actionnaire) contre cette OPA faite par un groupe n&#233;erlandais (list&#233; aux Pays-Bas et &#224; New York), mais &#224; dimension mondiale, et dont l'actionnaire de r&#233;f&#233;rence est de nationalit&#233; anglaise mais d'origine indienne, sur un autre groupe (Arcelor) bas&#233; au Luxembourg et &#224; actionnariat dilu&#233; mais majoritairement europ&#233;en ?&lt;/strong&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elie Cohen&lt;/strong&gt; : Connaissez-vous beaucoup d'entreprises europ&#233;ennes bas&#233;es &#224; Rotterdam, dont les actions sont suivies avec passion par la presse populaire indienne, qui suscitent l'intervention du ministre de l'industrie indien aupr&#232;s des autorit&#233;s fran&#231;aises et qui entra&#238;nent une mobilisation de la presse &#233;conomique indienne, qui interpelle le pr&#233;sident Jacques Chirac lors de son voyage en Inde ?&lt;br /&gt;
Il faut arr&#234;ter les hypocrisies juridiques. M. Mittal est un Indien install&#233; &#224; Londres qui a fait sa fortune dans les pays &#233;mergents, et qui a lanc&#233; une OPA hostile contre une entreprise europ&#233;enne, Arcelor, n&#233;e du regroupement des sid&#233;rurgies fran&#231;aise, luxembourgeoise, belge et espagnole. Affirmer cela, ce n'est diminuer en rien les qualit&#233;s de visionnaire et d'entrepreneur du tycoon indo-anglais, M. Mittal. C'est par contre reconna&#238;tre et affirmer qu'Arcelor, qui est un v&#233;ritable actif europ&#233;en n&#233; &#224; la suite de restructurations financ&#233;es par les gouvernements europ&#233;ens, aujourd'hui, est pass&#233; sous contr&#244;le d'un entrepreneur issu d'un pays &#233;mergent. Et il faut m&#233;diter la le&#231;on.&lt;br /&gt;
Aujourd'hui, en Chine, en Inde et dans les pays arabes, il y a des r&#233;serves financi&#232;res consid&#233;rables, il y a du capital humain en abondance, il y a des entrepreneurs qui piaffent d'impatience. Et parce que les Europ&#233;ens n'aiment pas leurs entreprises, ne d&#233;tiennent pas leurs actions, les entrepreneurs des pays &#233;mergents, dans la voie ouverte par M. Mittal, viendront faire leurs emplettes en Europe. Cela a plusieurs effets :&lt;br /&gt;
1) ce sont des centres de pouvoir europ&#233;ens qui passent sous contr&#244;le d'investisseurs &#233;trangers. Pour la premi&#232;re fois dans l'histoire de la sid&#233;rurgie fran&#231;aise, le patron d'Usinor-Sacilor ne sera pas fran&#231;ais, ni m&#234;me probablement europ&#233;en ; &lt;br /&gt;
2) les richesses cr&#233;&#233;es par cette entreprise europ&#233;enne ne b&#233;n&#233;ficieront pas &#224; des actionnaires europ&#233;ens. Tout cela ne devrait pas laisser indiff&#233;rents l'opinion publique fran&#231;aise et europ&#233;enne, et a fortiori, les gouvernants europ&#233;ens. &lt;br /&gt;
Qu'on cesse donc l'hypocrisie d'une entreprise europ&#233;enne Mittal qui rach&#232;te une entreprise europ&#233;enne Arcelor ! &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Duck : Cette fusion se base sur le pr&#233;suppos&#233; d'une soci&#233;t&#233; mondiale ouverte. Or l'on sait que certains secteurs strat&#233;giques lib&#232;rent les tendances protectionnistes de certaines nations, &#224; l'image des Etats-Unis. Pourquoi l'acier n'est-il pas un secteur strat&#233;gique ? N'est-ce pas plut&#244;t parce que l'Europe ne consid&#232;re plus aucun secteur strat&#233;gique dans le cadre d'un mod&#232;le d'expansion quasi illimit&#233;e ? N'y a-t-il pas une certaine na&#239;vet&#233; du provincialisme europ&#233;en en la mati&#232;re ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elie Cohen&lt;/strong&gt; : La sid&#233;rurgie a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e par les Europ&#233;ens comme un actif strat&#233;gique apr&#232;s la seconde guerre mondiale, et il ne vous a pas &#233;chapp&#233; que les d&#233;buts de la Communaut&#233; europ&#233;enne se sont faits sous les auspices du charbon et de l'acier. L'acier a longtemps &#233;t&#233; un mat&#233;riau strat&#233;gique pour l'industrie de d&#233;fense. Aujourd'hui, plus personne ne consid&#232;re que l'acier soit un actif strat&#233;gique. C'est tout au plus une commodit&#233; largement disponible sur les march&#233;s mondiaux, et dont les prix sont davantage pilot&#233;s par les besoins chinois que par la raret&#233;. &lt;br /&gt;
S'agissant des Etats-Unis &#224; pr&#233;sent, le d&#233;bat sur le patriotisme &#233;conomique se pose &#224; peu pr&#232;s dans les m&#234;mes termes qu'en France : comme en France, une liste de secteurs exclus a &#233;t&#233; &#233;tablie, comme en France, on s'interroge sur la r&#233;forme des instances habilit&#233;es &#224; autoriser des acquisitions &#233;trang&#232;res. Comme en France, on s'interroge sur la fronti&#232;re &#224; d&#233;limiter entre le strat&#233;gique et le non strat&#233;gique. &lt;br /&gt;
Le vrai probl&#232;me, pourtant, n'est pas l&#224; &#224; mes yeux. Aux Etats-Unis, il y a une vraie culture actionnariale. Et les m&#233;nages am&#233;ricains d&#233;tiennent dans leurs fonds de pension des actions am&#233;ricaines et d'autres parties du monde. La richesse cr&#233;&#233;e aux Etats-Unis et hors des Etats-Unis profite aux &#233;pargnants am&#233;ricains, et pr&#233;pare la retraite des Am&#233;ricains. Rien de tel en France, et c'est ce qui devrait nous faire r&#233;fl&#233;chir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au-del&#224; des discours fumeux sur le patriotisme &#233;conomique, l'enjeu majeur est celui de la cr&#233;ation de richesses et des b&#233;n&#233;ficiaires de cette cr&#233;ation de richesses. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ronan_Le_Guellec : Arcelor a &#233;t&#233; remis sur pieds par le contribuable fran&#231;ais. Pourquoi ce dernier ne recueille jamais les fruits de ses investissements ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elie Cohen&lt;/strong&gt; : C'est une tr&#232;s bonne question. Les gouvernements fran&#231;ais ont mis pr&#232;s de 150 milliards de francs dans le redressement de la sid&#233;rurgie fran&#231;aise. Et aussi invraisemblable que cela puisse para&#238;tre, lorsque la privatisation d'Usinor-Sacilor a eu lieu, aucune clause de retour &#224; meilleure fortune n'a &#233;t&#233; pr&#233;vue. Et c'est sous le gouvernement Jospin, je crois, que la participation r&#233;siduelle de l'Etat fran&#231;ais dans Usinor-Sacilor a &#233;t&#233; c&#233;d&#233;e. L&#233;galement, donc, le gouvernement fran&#231;ais n'avait rien &#224; dire sur l'op&#233;ration Arcelor-Mittal, et bien entendu, il n'en tire aucun b&#233;n&#233;fice. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Moubs : Comment voyez-vous l'&#233;volution du cours de l'action du groupe Mittal ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Elie Cohen&lt;/strong&gt; : Il y a aujourd'hui une baisse du titre Mittal parce que l'opinion commune est que M. Mittal a pay&#233; trop cher l'acquisition d'Arcelor. Je rappelle qu'avant le lancement de l'OPA, le cours d'Arcelor se tra&#238;nait entre 18 et 20 euros, et que la troisi&#232;me offre de M. Mittal est &#224; plus de 40 euros. Il est rare qu'&#224; l'occasion d'une OPA on offre une prime qui varie entre 80 et 100 % par rapport au dernier cours de l'entreprise cible avant OPA. Et, bien entendu, plus le cours de Mittal baissera et plus la valeur finale d'Arcelor baissera, puisque l'offre Mittal est structur&#233;e un tiers en cash, deux tiers en titres. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Egunonganixe : Depuis presque deux ans il semble que l'on assiste &#224; des fusions-OPA massives dans plus ou moins tous les secteurs (mines, sid&#233;rurgie, banques, transport maritime et a&#233;rien, etc.) Il semble, en outre, qu'il s'agisse souvent d'agglom&#233;ration ou d'int&#233;gration verticales, pourquoi ? Si cela est le cas (int&#233;grations verticales), ces entreprises ne prennent-elles pas un risque &#233;norme ? Si tout est cyclique, sommes-nous au d&#233;but ou &#224; la fin de ce cycle des agglom&#233;rations ? Ces mouvements correspondent-ils &#224; une logique purement boursi&#232;re ? N'y a-t-il pas risque de surchauffe ou d'explosion de la bulle sp&#233;culative ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elie Cohen&lt;/strong&gt; : Oui, il y a bien acc&#233;l&#233;ration du mouvement de fusions-acquisitions. Pourquoi ? la raison essentielle, me semble-t-il, tient au fait que d'un c&#244;t&#233; il y a d'immenses r&#233;serves financi&#232;res, chez les fonds de private equity, chez les hedge funds, chez les &#233;pargnants chinois, indiens, arabes et russes. &lt;br /&gt;
Face &#224; de telles masses financi&#232;res, les opportunit&#233;s d'investissements sont relativement rares, car l'Europe est en d&#233;pression &#233;conomique, la Chine investit sa propre &#233;pargne et les investissements colossaux qu'il faudrait faire en mati&#232;re &#233;nerg&#233;tique sont bloqu&#233;s pour des raisons g&#233;opolitiques. On comprend donc que ces masses financi&#232;res viennent s'investir l&#224; o&#249; c'est plus facile, c'est-&#224;-dire sur les Bourses occidentales, et plus particuli&#232;rement sur les entreprises cot&#233;es. &lt;br /&gt;
Deuxi&#232;me question : les op&#233;rations de fusion ob&#233;issent-elles essentiellement &#224; un principe d'int&#233;gration verticale ? la r&#233;ponse est non. Lorsqu'on observe les grandes acquisitions dans les secteurs de la banque et de l'assurance, il s'agit plut&#244;t de concentrations horizontales multidomestiques.&lt;br /&gt;
Lorsqu'on regarde ce qui se passe dans le domaine de l'&#233;nergie, on observe plut&#244;t le ph&#233;nom&#232;ne suivant : d'anciens monopoles nationaux d&#233;r&#233;glement&#233;s et lib&#233;ralis&#233;s vont faire leurs emplettes sur les autres march&#233;s voisins. &lt;br /&gt;
Dans les domaines des t&#233;l&#233;coms, on observe des investissements de fonds de private equity ou de pays &#233;mergents pour d&#233;velopper de la t&#233;l&#233;phonie mobile dans les r&#233;gions les plus recul&#233;es de la plan&#232;te. &lt;br /&gt;
Dans le domaine minier et des mati&#232;res premi&#232;res, on assiste &#224; des op&#233;rations de concentration tr&#232;s co&#251;teuses parce qu'il est plus facile aujourd'hui d'acheter une entreprise qui marche que de mettre en exploitation de nouvelles r&#233;serves ou de nouveaux gisements. &lt;br /&gt;
Ce qui me frappe donc, c'est plut&#244;t le caract&#232;re tous azimuts de ces op&#233;rations. &lt;br class='autobr' /&gt;
Troisi&#232;me question pos&#233;e : s'agit-il d'op&#233;rations essentiellement financi&#232;res ? la r&#233;ponse, l&#224; aussi, est n&#233;gative. Certes, comme je l'ai dit, les fonds de private equity et les fonds d'arbitrage interviennent beaucoup, s'enhardissent, d&#233;cident souvent de l'issue des batailles. Mais il ne faut pas n&#233;gliger pour autant un fait &#224; mes yeux beaucoup plus important, et qui est que les grandes entreprises mondiales, notamment am&#233;ricaines et europ&#233;ennes, apr&#232;s avoir subi le choc des crises financi&#232;res &#224; r&#233;p&#233;tition de la bulle Internet, de la bulle Enron, ont fait un remarquable travail de d&#233;sendettement, de rationalisation de leurs structures financi&#232;res, de rationalisation &#233;conomique, et ce sont ces entreprises muscl&#233;es, nerveuses, all&#233;g&#233;es, qui repartent &#224; la conqu&#234;te du monde. &lt;br /&gt;
Au total, je pense que le mouvement actuel de fusions-acquisitions ob&#233;it &#224; une triple logique :&lt;br /&gt; ?1) une logique d'expansion mondiale qui conduit les groupes &#224; acc&#233;l&#233;rer leur mondialisation en &#233;tendant leur empreinte g&#233;ographique ;&lt;br /&gt; ?2) une acc&#233;l&#233;ration de l'int&#233;gration europ&#233;enne du fait de l'ach&#232;vement du march&#233; unique et de la constitution de la zone euro ; on ne comprend pas autrement les mouvements dans l'&#233;nergie et dans la banque qui sont intervenus r&#233;cemment en Europe ;&lt;br /&gt; ?3) le r&#244;le des nouvelles technologies de l'information, de leur croissance et de la multiplication de produits et de services num&#233;riques qui conduisent &#224; la formation de v&#233;ritables nouveaux empires dans l'industrie et les services. Et l&#224; je pense particuli&#232;rement &#224; la t&#233;l&#233;phonique mobile et &#224; l'Internet, o&#249; l'on voit &#224; la fois appara&#238;tre des groupes nouveaux d'origine des pays &#233;mergents (exemple : l'&#233;gyptien Sawiris avec Orascom) et, d'un autre c&#244;t&#233;, le d&#233;veloppement des op&#233;rateurs europ&#233;ens en qu&#234;te d'une plus grande part de march&#233; mondiale (Vodafone ou Orange). &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chat mod&#233;r&#233; par Constance Baudry&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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