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	<title>Elie Cohen</title>
	<link>http://elie-cohen.eu/</link>
	<description>Directeur de recherche &#233;m&#233;rite au CNRS, &#201;lie Cohen est un &#233;conomiste dont les champs de recherche vont de l'&#233;conomie industrielle aux politiques publiques, de l'&#233;conomie internationale &#224; l'&#233;conomie politique de l'innovation.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>La mondialisation ou l'aplanissement du monde</title>
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		<dc:date>2005-11-01T16:45:00Z</dc:date>
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		<dc:subject>Commerce mondial</dc:subject>
		<dc:subject>FDI</dc:subject>
		<dc:subject>Finance mondiale</dc:subject>
		<dc:subject>Globalisation firmes</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie europ&#233;enne</dc:subject>

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&lt;p&gt;Dans Soci&#233;tal, N&#176;51 - 1er trimestre 2006 &lt;br class='autobr' /&gt; Ouvrage de r&#233;f&#233;rence pour les essayistes, livre de chevet pour Tony Blair, national best seller pour le public am&#233;ricain, &#171; The world is flat &#187;le dernier livre de Thomas Friedman est un &#171; mauvais bon livre &#187; selon l'expression du FT. &lt;br class='autobr' /&gt;
Du mauvais livre, il a tous les traits : expression famili&#232;re, abus de la m&#233;taphore, ton p&#233;remptoire, th&#233;orisation &#224; la serpe, collection d'historiettes, interminables &#233;num&#233;rations. &lt;br class='autobr' /&gt;
En m&#234;me temps ce livre est &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;cite&gt;Soci&#233;tal&lt;/cite&gt;, N&#176;51 - 1er trimestre 2006&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ouvrage de r&#233;f&#233;rence pour les essayistes, livre de chevet pour Tony Blair, national best seller pour le public am&#233;ricain, &#171; The world is flat &#187;le dernier livre de Thomas Friedman est un &#171; mauvais bon livre &#187; selon l'expression du FT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du mauvais livre, il a tous les traits : expression famili&#232;re, abus de la m&#233;taphore, ton p&#233;remptoire, th&#233;orisation &#224; la serpe, collection d'historiettes, interminables &#233;num&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps ce livre est &#224; mettre entre toutes les mains car pour qui veut d&#233;couvrir, en images et en un temps limit&#233;, les formes de la mondialisation, le r&#244;le des nouvelles technologies, les effets sur l'emploi des pays d&#233;velopp&#233;s de l'&#233;mergence de l'Inde et de la Chine, la lecture du livre de Friedman s'impose. &lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, avec ses maladresses, ses approximations et ses contradictions, ce livre introduit au d&#233;bat sur les questions vives de la mondialisation : r&#233;alit&#233; et effets des d&#233;localisations, strat&#233;gies d'externalisation des firmes et soutenabilit&#233; d'un d&#233;veloppement bas&#233; sur le design, la R&amp;D et les services, effets du &#171; doux commerce &#187; sur la pacification de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas Friedman, journaliste en vue du New York Times couronn&#233; par deux prix Pulitzer, sp&#233;cialiste de g&#233;opolitique nous conte dans les premi&#232;res pages de son ouvrage son &#233;veil &#224; la r&#233;alit&#233; du monde apr&#232;s un p&#232;lerinage &#224; Bengalore, la Mecque indienne des technologies de l'information : le monde est plat et d&#232;s lors l'emploi et la prosp&#233;rit&#233; des Am&#233;ricains se jouent en Inde, en Chine et ailleurs. Le monde est devenu plat autour de l'an 2000 avec le passage de la globalisation 2.0 celle qu'organisaient les grandes entreprises occidentales, &#224; la globalisation 3.0. Cette derni&#232;re r&#233;duit la plan&#232;te &#224; une petite sph&#232;re lisse d&#233;barrass&#233;e des obstacles aux &#233;changes, couverte de r&#233;seaux d'information invisibles, pur univers de coop&#233;ration - comp&#233;tition d'atomes plan&#233;taires. Pour autant qu'on veuille synth&#233;tiser le propos, les th&#232;ses de Friedman sont au nombre de cinq.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#232;se 1 : le monde est devenu plat. Les barri&#232;res &#233;rig&#233;es par les nations ont &#233;t&#233; mises &#224; bas : ce nivellement du champ &#233;conomique lib&#232;re un formidable potentiel pour les individus entreprenants. La mondialisation n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne r&#233;cent, nous en sommes m&#234;me &#224; la troisi&#232;me version. La globalisation 1.0 est celle de l'&#233;change entre nations, elle s'ouvre avec Christophe Colomb parti aux Indes et d&#233;couvrant l'Am&#233;rique et se cl&#244;t avec les d&#233;buts de la r&#233;volution industrielle. La globalisation 2.0 qui court de 1800 &#224; 2000 est celle des entreprises qui dupliquent, transposent, diffusent leurs produits et leurs mod&#232;les organisationnels &#224; travers la plan&#232;te &#224; l'occasion de leur croissance. La Globalisation 3.0 est celle de l'univers virtuel, elle met &#224; la disposition des individus les ressources de la plan&#232;te d'un clic de souris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#232;se 2 : des forces irr&#233;sistibles meuvent la globalisation 3.0. Elles sont au nombre de 10 : la chute du mur de Berlin et la plupart des innovations de la r&#233;volution num&#233;rique en font partie. Friedman parle &#224; leur propos, de forces d'aplanissement, de &#171; flatteners &#187; . Parmi, ces forces d'aplanissement d&#233;cisives, citons : l'invention du PC, des logiciels libres, des moteurs de recherche, de la gestion &#224; flux tendu des cha&#238;nes d'approvisionnement, de l'externalisation et des d&#233;localisations. Sont m&#234;l&#233;s ici des &#233;v&#232;nements g&#233;opolitiques, des innovations techniques, des mod&#232;les organisationnels d'entreprise et de nouvelles conceptions de la division internationale du travail. Mais sit&#244;t compl&#233;t&#233;e la liste des 10 forces d'aplanissement, Friedman ajoute trois macro-tendances qui &#224; ses yeux en multiplient les effets : les technologies de l'information, l'acc&#232;s personnel au r&#233;seau en mobilit&#233;, la disponibilit&#233; de l'information en tous temps et en tous lieux Dans la langue de Friedman cela donne &#171; The steroids ...that turbocharge all the flatteners ... &#187; Tout ceci contribue &#224; une triple &#171; convergence &#187; : technologique, &#233;conomique et sociale : les machines deviennent plurifonctionnelles, le travailleur am&#233;ricain devient plus productif gr&#226;ce &#224; l'incorporation des nouvelles technologies, enfin 3,3 milliards de nouveaux travailleurs entrent sur le march&#233; et sont en qu&#234;te d'activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#232;se 3 : La grande transformation des conditions et des identit&#233;s. Dans ce nouveau monde de la globalisation, le consommateur est en rivalit&#233; avec le travailleur, l'actionnaire capte la valeur au d&#233;triment du salari&#233;, le contribuable p&#233;nalise le salari&#233; local en achetant des services d&#233;localis&#233;s. Mais dans le monde r&#233;el le contribuable, le salari&#233;, le consommateur, l'actionnaire sont souvent la m&#234;me personne. En fait Friedman d&#233;crit un monde o&#249; l'entreprise verticalement int&#233;gr&#233;e, ma&#238;trisant ses cha&#238;nes de production et organisant sa distribution gr&#226;ce &#224; sa force de vente a disparu au profit de l'entreprise &#233;vid&#233;e, r&#233;duite &#224; un bureau d'&#233;tude et &#224; un service de marque qui externalise et d&#233;localise la plupart des t&#226;ches concr&#232;tes de production et d'organisation. Friedman r&#233;sume cette &#233;volution en parlant du passage de l'organisation verticale, &#224; un monde horizontal de r&#233;seau de coop&#233;ration, de march&#233;. Si bien que pour le citoyen am&#233;ricain la devise ne devrait plus &#234;tre : quand General Electric va , tout va mais quand Dell va la Chine, la Malaisie, Taiwan vont bien aussi. Dans ce nouveau syst&#232;me de production et d'&#233;change, le consommateur en qu&#234;te des prix les plus bas chez Wal Mart est un agent direct des d&#233;localisations, et donc de son ch&#244;mage futur, le vendeur traditionnel est une esp&#232;ce en voie de disparition &#224; l'&#232;re des places de march&#233; &#233;lectroniques, l'actionnaire qui, &#224; travers son fonds de pension pousse &#224; la cr&#233;ation de valeur, est l'ennemi du travailleur qui capte une part d&#233;croissante de la valeur ajout&#233;e. Enfin l'&#233;lu de l'Indiana qui d&#233;localise la gestion des services de l'emploi en Inde pour faire payer moins d'imp&#244;ts aux contribuables d&#233;truit leur emploi dans le m&#234;me mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#232;se 4 Un imp&#233;ratif s'adapter A l'&#232;re de la globalisation, il est vain de chercher &#224; se prot&#233;ger, l'adaptation au monde nouveau est un imp&#233;ratif pour les nations comme pour les entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce nouveau monde, celui des individus ballot&#233;s entre identit&#233;s contradictoires subissant en temps r&#233;el des &#233;volutions brutales ne peut &#234;tre que solidaire. Dans un de ses fameux jeux de mots, Thomas Friedman parle de &#171; compassionate flatism &#187; comme Bush parlait de &#171; compassionate conservatism &#187; pour exprimer l'id&#233;e que l'Etat doit b&#226;tir une nouvelle &#171; grande soci&#233;t&#233; &#187;. Mais &#224; la diff&#233;rence de celle imagin&#233;e par les d&#233;mocrates des ann&#233;es 60, il ne s'agit pas tant de redistribuer des revenus, de lutter contre la pauvret&#233; ou de r&#233;nover le tissu urbain, que d'&#233;quiper les citoyens en les formant pour leur permettre de r&#233;pondre aux d&#233;fis de la mondialisation. L'exigence d'adaptation vaut pour les individus, les etats des pays d&#233;velopp&#233;s et moins d&#233;velopp&#233;s, et vaut aussi pour les entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A leur endroit Friedman &#233;dicte 7 r&#232;gles : protectionnisme tu rejetteras, nouvelle technologie tu utiliseras, esprit d'entreprise, tu promouvras, capital humain, tu d&#233;velopperas, autocritique r&#233;guli&#232;re , tu pratiqueras, d&#233;localisation pour cro&#238;tre et non r&#233;tr&#233;cir tu privil&#233;gieras, ton choix de mondialisation enfin, tu assumeras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#232;se 5 La globalisation accouche aussi d'une g&#233;opolitique. Thomas Friedman croit aux th&#232;ses sur l'effet pacificateur du &#171; doux commerce &#187; Il le dit &#224; sa mani&#232;re en &#233;voquant la th&#233;orie Dell de la pr&#233;vention des conflits : comment des pays &#224; ce point interd&#233;pendants que la fabrication d'un micro-ordinateur requiert l'assemblage de composants issus de leurs pays pourraient-ils entrer en conflit ? Comment des pays qui constituent autant de maillons d'une m&#234;me cha&#238;ne d'approvisionnement pourraient ils se chercher querelle ? Pourtant m&#234;me dans un monde plat, offrant d'infinies opportunit&#233;s, des forces identitaires r&#233;gressives peuvent jouer les emp&#234;cheurs de &#171; glocaliser &#187; en rond. Ben Laden et son id&#233;ologie &#171; islamo-l&#233;niniste &#187; peut freiner l'&#233;volution, il ne peut inverser le cours de l'histoire. Concilier modernit&#233; et identit&#233;, forces de la mondialisation et diversit&#233; culturelle est pour Friedman l'enjeu cl&#233; pour le d&#233;veloppement de pays comme l'Egypte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parcourir &#224; grandes enjamb&#233;es le monde, r&#233;&#233;crire l'histoire de l'humanit&#233; depuis un demi mill&#233;naire &#224; travers la seule grille de la mondialisation conduit n&#233;cessairement &#224; une simplification du propos, et &#224; une grande &#233;conomie de moyens en mati&#232;re de d&#233;monstration des th&#232;ses avanc&#233;es. Comme de surcro&#238;t l'auteur file la m&#233;taphore et a un go&#251;t immod&#233;r&#233; pour le r&#233;cit, on ne peut lui tenir rigueur de l'absence de d&#233;monstrations rigoureusement &#233;tay&#233;es. Mais pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il a acquis le statut de gourou de la mondialisation, on ne peut laisser ses th&#232;ses les plus contestables rester sans objection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Objection 1 : Le monde n'est pas plat, la mondialisation est bancale. Dans un remarquable ouvrage de vulgarisation scientifique &#171; The travels of a t-shirt &#187; Pietra Rivoli l'&#233;tablit en nous contant les tribulations mondiales d'un t-shirt et &#224; travers ce r&#233;cit en nous initiant &#224; la r&#233;alit&#233; et &#224; la th&#233;orie du commerce administr&#233;. Ses conclusions ont peu &#224; voir avec le discours ir&#233;nique de Friedman. Non, l'&#233;change n'est pas n&#233;cessairement un jeu &#224; somme positive o&#249; chacun gagne &#224; tous les coups. Ce peut &#234;tre un jeu &#224; somme n&#233;gative fond&#233; sur la surexploitation des uns et la surprotection des autres. Non, le monde n'est pas plat, il est h&#233;riss&#233; de protections qui expriment des compromis entre les nations et les groupes sociaux. Non, les in&#233;galit&#233;s ne se r&#233;sorbent pas avec le temps, elles peuvent m&#234;me ouvrir de v&#233;ritables &#171; trappes &#224; pauvret&#233; &#187;. Dans son livre, Pietra Rivoli nous conte une histoire, celle d'un t-shirt achet&#233; chez Wal Mart et dont ou d&#233;couvre qu'il a &#233;t&#233; produit &#224; partir d'un coton am&#233;ricain surprot&#233;g&#233; par des chinois dont les produits &#233;taient contingent&#233;s dans le cadre de l'accord multi-fibres. Ce teeshirt est en fin de vie r&#233;export&#233; en Tanzanie par des institutions caritatives. Pendant tout son cycle de vie, le t-shirt est l'objet de n&#233;gociations permanentes entre groupes d'int&#233;r&#234;t et gouvernement am&#233;ricain. Le coton qui jouit de subventions au titre de la protection de l'Agriculture est en m&#234;me temps l'objet d'une v&#233;ritable politique industrielle avec transferts de r&#233;sultats de la recherche publique et niches fiscales. L'importation de t-shirts dans le cadre de l'accord multifibres a permis aux Etats Unis de faire des quotas des outils de politique &#233;trang&#232;re : l'octroi de quotas suppl&#233;mentaires au Pakistan apr&#232;s le 11 Septembre a &#233;t&#233; l'un des outils d'enr&#244;lement contre Al-Qaeda. L'histoire du t-shirt soul&#232;ve aussi la question du dumping social. La course continue aux co&#251;ts les plus bas entra&#238;ne une mobilit&#233; des lieux de production. C'est dans la Chine profonde qu'on trouve aujourd'hui les arm&#233;es de r&#233;serve de paysannes chinoises pr&#234;tes &#224; travailler pour 0,20 $/l'heure, mettant ainsi au ch&#244;mage les mauriciennes et les tunisiennes. En d&#233;non&#231;ant d'un c&#244;t&#233; la spirale de baisse des co&#251;ts et les superprofits des Gap et d'un autre c&#244;t&#233; l'&#233;viction des paysans africains par les subventions et protections du coton am&#233;ricain, les contestataires de la mondialisation marquent un point. De surcro&#238;t le don gratuit de v&#234;tements aux africains par les organisations caritatives d&#233;stabilise les industries textiles embryonnaires de ces pays. Enfin si l'octroi de quotas textiles a &#233;t&#233; un vecteur de d&#233;veloppement pour les pays de la zone cara&#239;be, le Bangladesh ou l'Ile Maurice, leur disparition pour des pays en phase de d&#233;collage est, &#224; l'inverse, d&#233;sastreux. Ainsi l'&#233;conomie politique de la lib&#233;ralisation administr&#233;e livre des r&#233;sultats aux antipodes de ceux attendus par Friedman : ouverture diff&#233;renci&#233;e selon des crit&#232;res g&#233;opolitiques et de poids relatif des lobbies, d&#233;formation de la cha&#238;ne de valeur du fait d'investissements justifi&#233;s par les quotas, course vers le bas avec perdants absolus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Objection 2 : La globalisation 3.0. n'est pas l'&#339;uvre de forces technologiques impersonnelles. C'est un monde &#224; la Polanyi plus qu'&#224; la Smith qui s'impose sous nos yeux. La grande transformation est &#233;conomique et politique, technologique et financi&#232;re, elle na&#238;t de la rencontre de forces de march&#233; et de demandes de protection. La chute du mur de Berlin n'a pas provoqu&#233; l'entr&#233;e de l'URSS dans le GATT, la transformation du GATT en OMC n'est pas l'effet de l'invention du navigateur par Netscape, et l'entr&#233;e de la Chine dans l'OMC n'est pas le fruit de la ma&#238;trise par Wal Mart de la supply chain. L'ouverture commerciale, la cr&#233;ation de l'OMC et de l'ORD trouvent leur origine dans la volont&#233; conjointe des Etats Unis, de l'Europe Unie et du japon de se doter d'un outil de dynamisation de l'&#233;conomie internationale apr&#232;s les ann&#233;es de panne et de conflits commerciaux cons&#233;cutifs aux chocs p&#233;troliers et mon&#233;taires. Les Etats Unis, qui avaient longtemps pratiqu&#233; un unilat&#233;ralisme bienveillant &#224; l'&#233;gard de l'Europe et du Japon dont ils entendaient favoriser la reconstruction au sortir de la guerre et faire des alli&#233;s dans le cadre de la guerre froide, font le choix du multilat&#233;ralisme commercial avec l'institution de l'OMC. Les Europ&#233;ens, qui ach&#232;vent l'&#233;dification de leur march&#233; unique et aspirent &#224; s'ouvrir les vastes march&#233;s des pays &#233;mergents, consentent &#224; une acc&#233;l&#233;ration de la lib&#233;ralisation commerciale sous la surveillance d'un arbitre impartial : l'Organe de R&#232;glement des diff&#233;rends. Le Japon, objet permanent de pressions de la part des USA pour ouvrir son march&#233; et d&#233;manteler ses structures protectionnistes, voit dans l'OMC la promesse d'un ordre commercial plus &#233;quitable. Sans la conjonction de ces calculs dans un contexte, il est vrai marqu&#233; par l'effondrement du Mur de Berlin, l'acc&#233;l&#233;ration de la mondialisation 2.0 n'aurait pas eu lieu. Dans la Globalisation 3.0, les NTIC et la r&#233;volution logistique sont un facteur permissif de la croissance des &#233;changes, mais d'autres facteurs interviennent comme le d&#233;veloppement financier et le triomphe de Deng en Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Objection 3 : Les march&#233;s contre les hi&#233;rarchies. Ce monde de la coordination horizontale, du r&#233;seau, du march&#233; se substituant &#224; celui de l'entreprise hi&#233;rarchis&#233;e et verticalement int&#233;gr&#233;e est un monde du risque non identifi&#233; et donc non couvert. Dans un ouvrage saisissant &#171; The end of the line &#187; Barry Lynn dresse un tableau apocalyptique des effets de la qu&#234;te individuelle de l'optimum de co&#251;ts sur la s&#233;curit&#233; collective des Am&#233;ricains. En Septembre 1999 un Tremblement de terre a lieu &#224; Taiwan ; Dell, HP, arr&#234;tent en catastrophe leurs cha&#238;nes d'assemblage de micro-ordinateurs et mettent au ch&#244;mage leur personnel : ils se fournissaient en composants au m&#234;me endroit et n'avaient pas de fournisseur alternatif a cause de l'optimisation de leur approvisionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;couvre &#224; cette occasion que la firme globale moderne est b&#226;tie sur la d&#233;sint&#233;gration de la cha&#238;ne de production, sur l'assemblage de composants externalis&#233;s au profit de producteurs tiers, eux m&#234;mes largement d&#233;localis&#233;s. L'entreprise que l'on croyait industrielle se r&#233;v&#232;le d&#233;pendante d'une source d'approvisionnement vitale et non ma&#238;tris&#233;e. L&#224; aussi les processus historiques et &#233;conomiques qui rendent possibles un tel mod&#232;le &#233;conomique ont peu &#224; voir avec les &#171; flateners &#187; . En fait des entreprises de composants &#233;lectroniques am&#233;ricaines soumises &#224; une pression constante des march&#233;s financiers ont commenc&#233; par mutualiser leurs investissements dans les fonderies de silicium &#224; la fin des ann&#233;es 80. Puis le co&#251;t d'une nouvelle unit&#233; &#233;tant sans cesse plus &#233;lev&#233; et les al&#233;as du march&#233; &#233;tant source d'instabilit&#233; des r&#233;sultats financiers ils en sont venus &#224; inventer le mod&#232;le du &#171; fabless fab &#187; reportant le risque de production sur un tiers tout en conservant les activit&#233;s nobles de design des composants. La derni&#232;re &#233;tape est celle o&#249; pour des raisons de compression des co&#251;ts et de fiabilit&#233; technique d'un partenaire soigneusement s&#233;lectionn&#233; Taiwan devient le fournisseur unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Barry Lynn un syst&#232;me qui assiste impuissant &#224; la faillite de GM et dont l'entreprise phare devient Wal Mart est un syst&#232;me qui est davantage m&#251; par une id&#233;ologie &#233;troite de la rentabilit&#233; imm&#233;diate plut&#244;t que par la qu&#234;te d'un d&#233;veloppement soutenable sur le long terme cad bas&#233; sur une &#233;valuation du risque et sur l'optimisation du bien &#234;tre collectif. Une &#233;conomie soumise aux assauts aveugles de la nature et aux calculs &#233;triqu&#233;s d'acteurs myopes ne r&#233;alise pas l'optimum du libre &#233;change. A ce jeu il peut y avoir des perdants durables, le r&#244;le du politique doit donc &#234;tre restaur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Objection 4 : Le basculement vers l'Asie de l'Est : la grande peur des d&#233;localisations. Le &#171; compassionate flatism &#187; est une r&#233;ponse d&#233;risoire &#224; la mont&#233;e du sentiment d'ins&#233;curit&#233; &#233;conomique. Clyde Prestowitz, dans un essai r&#233;cent intitul&#233; &#171; Three billion new capitalists &#187; illustre avec un luxe de d&#233;tails et de r&#233;cits qui n'a d'&#233;gal que le propre livre de Friedman le sentiment de panique qui &#233;treint nombre d'Am&#233;ricains face &#224; la mont&#233;e de la Chine et de l'Inde. Tout commence par un week end &#224; la neige de Prestowitz avec son fils ing&#233;nieur informatique dans une SSII prosp&#232;re. Le fils a peur de l'avenir, la concurrence indienne se fait mordante, il propose donc &#224; son p&#232;re de l'aider &#224; monter une entreprise de d&#233;neigement. C'est le point de d&#233;part d'une r&#233;flexion sur la d&#233;sindustrialisation am&#233;ricaine, sur la mont&#233;e en comp&#233;tences de l'Inde, sur les prouesses de la Chine dans le high tech, sur l'immense r&#233;servoir de capital humain asiatique, sur l'internet comme facilitateur de d&#233;localisations, sur le vol de la propri&#233;t&#233; intellectuelle am&#233;ricaine, sur la d&#233;mission du Gouvernement am&#233;ricain dans la promotion d'un &#171; fair trade &#187; et non d'un &#171; free trade &#187; avec au bout de la r&#233;flexion cette question inqui&#232;te : nos enfants conna&#238;tront-ils encore le monde de prosp&#233;rit&#233; et de s&#233;curit&#233; de leurs parents. Dans un chapitre intitul&#233; &#171; la voie de la ruine &#187; Prestowitz compare sa g&#233;n&#233;ration qui a connu bonne paie, couverture maladie, r&#233;gime de retraite avantageux malgr&#233; une formation initiale limit&#233;e avec la g&#233;n&#233;ration de son fils qui, malgr&#233; une formation de meilleure qualit&#233; conna&#238;t l'angoisse des d&#233;localisations, de l'assurance individuelle et des brusques chutes de revenus. Certes, Prestowitz n'instruit pas qu'&#224; charge, il d&#233;crit aussi les opportunit&#233;s de la mondialisation, il mentionne par exemple les relocalisations aux Etats Unis d'entreprises high tech d'origine europ&#233;enne comme dans la pharmacie ou des entreprises japonaises dans l'automobile. Mais son inqui&#233;tude demeure : l'Asie &#233;mergente a trop d'atouts, le Gouvernement am&#233;ricain est trop prisonnier d'une id&#233;ologie libre &#233;changiste et les firmes am&#233;ricaines ne sont gu&#232;re soucieuses du long terme or ass&#232;ne-t-il, l'avantage comparatif est cr&#233;&#233; et l'Etat y a son r&#244;le. Transformer la cha&#238;ne de production en unit&#233; d'assemblage et faire de la caissi&#232;re de Wal Mart la figure du salariat am&#233;ricain post-industriel, est mortel. La perte d'emplois qualifi&#233;s de services est une certitude depuis que les activit&#233;s de SSII, de BPO et m&#234;me de sant&#233; se sont d&#233;velopp&#233;es en Inde. Dans une telle situation le salari&#233; am&#233;ricain est pris dans une tenaille : d'un c&#244;t&#233;, les travailleurs hyper-qualifi&#233;s jouissant de comp&#233;tences rares rafflent tout ; de l'autre, les arm&#233;es de salari&#233;s de Wal Mart sont condamn&#233;es au salaire minimum. C'est l'av&#232;nement du &#171; winner take all society &#171; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Objection 5 : Ben Laden produit et ennemi de la mondialisation. Dans un d&#233;veloppement intitul&#233; Infosys vs Al-Qaeda Thomas Friedman entend nous expliquer pourquoi &#224; la fois Al-Qaeda met en &#233;chec sa th&#232;se centrale sur le nivellement du monde, et &#224; l'inverse constitue une expression de cette mondialisation hyper-technologique ; pourtant il croit au total qu'Infosys, la SSII indienne, a plus d'avenir que la firme de Ben Laden. Avec ce type d'affirmation, on touche sans doute aux limites de l'exercice : quel rapport peut-il y avoir entre l'aplanissement des fronti&#232;res commerciales et la disparition des passions politiques, comment justifier autrement que par un optimisme militant le recul du terrorisme sous les coups de boutoir des services d&#233;localis&#233;s. L'&#233;tonnant est que la transposition m&#233;caniste de la th&#232;se de l'aplanissement de la sph&#232;re &#233;conomique &#224; la sph&#232;re g&#233;opolitique ait pu &#234;tre prise au s&#233;rieux. Dans un article r&#233;cent, John Gray souligne l'ambig&#252;it&#233; &#187; initiale que rec&#232;le la m&#233;taphore de la &#171; platitude &#187; souvent utilis&#233;e pour d&#233;signer l'impact des nouvelles technologies num&#233;riques, elle en vient &#224; s'appliquer rapidement aux formes de l'&#233;conomie contemporaine jusqu'&#224; signifier une pr&#233;tendue homog&#233;n&#233;isation politique du monde. Les glissements de sens qu'elle autorise permettent de faire l'&#233;conomie d'une r&#233;flexion approfondie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette remarque de Gray r&#233;sume bien le travers majeur du livre : la naturalisation des choix et des contraintes qui conduit au simplisme et &#224; l'aplatissement des niveaux d'analyse. Le d&#233;terminisme technologique conduit &#224; d&#233;velopper une conception irr&#233;versible de la mondialisation, or l'auteur est bien forc&#233; de reconna&#238;tre que par le pass&#233; le mouvement de lib&#233;ralisation s'est invers&#233;. De m&#234;me il croit si peu &#224; sa th&#232;se centrale de la coop&#233;ration horizontale et des r&#233;seaux que son r&#233;cit foisonne de choix faits par des d&#233;cideurs et mis en &#339;uvre dans le cadre de relations asym&#233;triques. Enfin lorsque les faits lui sont hostiles, il s'en tire par des proph&#233;ties optimistes. Plus singulier encore, on ne trouve nulle trace des interrogations grandissantes tant parmi les &#233;conomistes que parmi les politiques sur les b&#233;n&#233;fices de l'&#233;change : une nouvelle division internationale du travail s'instaure o&#249; la Chine n'aurait peut &#234;tre pas int&#233;r&#234;t &#224; se sp&#233;cialiser car jouissant d'avantages relatifs dans le haute comme la basse technologie, les hautes comme les basses qualifications. La d&#233;couverte faite &#224; Bengalore par Friedman peut surprendre s'agissant d'un homme aussi averti des r&#233;alit&#233;s du monde, mais il y a dans cette candeur initiale la recette du succ&#232;s de ce livre. Pour des &#233;lites politiques nationales obs&#233;d&#233;es par les enjeux paroissiaux, pour l'honn&#234;te homme moderne peu form&#233; aux r&#233;alit&#233;s &#233;conomiques ce livre constitue une introduction exhaustive et plaisante au nouveau monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.sociétal.fr/" class="spip_out"&gt;&lt;i&gt;Soci&#233;tal&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Thomas Friedman, The world is flat. A Brief History of the 21 st century, New York, Farrar, Strauss &amp; Giroux 2005&lt;br /&gt; Pietra Rivoli : The Travels of a T-shirt in the Global Economy , Wiley, New Jersey, 2005&lt;br class='autobr' /&gt; Barry Lynn, End of the Line, The Rise and Coming Fall of the Global Corporation, Doubleday New York, 2005 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clyde Prestowitz, Three Billion new Capitalists : the Great Shift of Wealth and Power to the East Basic Books New York 2005&lt;br /&gt; The world is round, New York Review of Books, 2005&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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