Elie Cohen - directeur de recherche au CNRS, professeur à Sciences Po et membre du CAE

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Mondialisation, néo-capitalisme et développement inégal

Questions internationales, 2006.

À paraître en 2007.

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Introduction

L’échec de Doha vient rappeler que la marche vers le multilatéralisme commercial n’est pas irréversible. Cinq ans de négociation sur la libéralisation des marchés des biens et services ont abouti à une exacerbation des querelles Nord/Nord (USA-UE sur les subventions et l’accès aux marchés agricoles), Sud/Sud (Emergents-PMA sur la libéralisation des marchés agricoles), Nord/Sud (USA-UE/Inde-Brésil sur les tarifs industriels et la libéralisation des services). A nouveau, il est question des mérites respectifs du multilatéralisme et du bilatéralisme, du caractère équitable des arbitrages rendus par l’Organe de Règlement des différends, des bénéfices pour le développement d’un « free trade » qui n’est pas en même temps un « fair trade » . Et pourtant sans qu’il faille établir un lien causal, les dernières années, celles de l’émergence de « ChinIndia », auront été à la fois des années de croissance économique mondiale exceptionnelle, des années d’accélération constante des échanges. Comment comprendre la remise en cause de la nouvelle étape de libéralisation des échanges, par des responsables politiques au Nord et au Sud dans une relative indifférence des firmes multinationales ?

L’assimilation par les sociaux-démocrates allemands des fonds d’investissement à des « nuées de sauterelles » s’en prenant aux entreprises et à leurs travailleurs, les appels répétés de la SEC (Securities and Exchange Commission) à la régulation des « hedge funds », la chronique quotidienne des manipulations de titres à des fins d’enrichissement personnel par des patrons avides ... témoignent quotidiennement des dérèglements du capitalisme. Et pourtant l’industrie des produits dérivés contribue largement à l’action macro-économique à travers le financement de la consommation par monétisation des actifs, l’éclatement de la bulle de l’Internet a été facilement résorbé, et la finance de marché joue un rôle décisif dans la remise sur pied des entreprises affaiblies par les errements de la dernière vague de « fusions-acquisitions ».

Dans cette contribution, nous voudrions établir, d’une part qu’une mondialisation bancale dans son architecture économique et institutionnelle n’a jusqu’ici ni freiné l’intégration mondiale, ni limité la croissance et que, d’autre part, le néo-capitalisme actionnarial est source de crises à répétition mais absorbées par un système qui montre ainsi sa résilience. Si bien qu’on peut à la fois avoir une croissance explosive des échanges et une panne à Doha, une expansion continue de l’industrie des dérivés qui gère aujourd’hui 1,3 trillion de dollars et une instabilité accrue des marchés, un recul de la pauvreté et un accroissement des inégalités le tout dans un cadre économique marqué par la plus forte croissance économique mondiale observée. La question dès lors n’est pas tant de savoir si le nouveau système mondial fonctionne, c’est le cas malgré ses déséquilibres, mais plutôt de s’interroger sur les conditions de moyen long terme de sa viabilité.

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